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Que faire des reliques aujourd’hui ?

Entre scepticisme et tradition, que faire des reliques aujourd’hui ?

Reliquaire de saint Aignan, église Saint-Aignan, Orléans

Histoire des reliques : dévotion et déviation

Dès les premiers siècles du Christianisme, les instruments de la Passion du Christ et les corps des martyrs ont été honorés. Puis, le culte s’est étendu à d’autres saints dont on n’hésitait pas à déterrer les corps malgré l’interdiction dictée par la loi romaine. Ces reliques ont rapidement suscité une grande dévotion, on leur attribua des miracles et leur vénération attira bientôt des milliers de pèlerins. Des reliques corporelles insignes (constituées de morceaux de corps du saint) aux reliques représentatives en passant par les reliques réelles (constituées par exemple des instruments du martyre), des reliques du Christ aux reliques des saints, une hiérarchie s’est mise en place. On modifia le plan des églises, anciennement basilical, en ajoutant un déambulatoire pour faciliter la circulation de ces marcheurs autour de l’autel et des reliques. On construisit des reliquaires extraordinaires pour abriter ces précieux restes, jusqu’à la Sainte Chapelle conçue par le roi saint Louis comme un immense reliquaire pour la couronne d’épines du Christ, un morceau de la Vraie Croix et d’autres reliques de Sa Passion. Malgré l’interdiction de vendre des objets spirituels sous peine d’être accusé de simonie, les revenus de ce commerce étaient tels qu’un véritable marché se mit en place. On alla même jusqu’à voler les reliques de l’abbaye voisine pour attirer les fidèles dans son église et, on le sait, jusqu’à faire passer des ossements d’animaux pour des reliques de grands saints.

Avec la prise de conscience progressive de ces abus, avec les « 95 thèses contre les indulgences » de Martin Luther en 1517 et le « Traité des reliques » de Jean Calvin en 1543, avec l’esprit des Lumières et le culte de la Raison, avec la Révolution et ses destructions, on aurait pu croire que le culte des reliques avait vécu. Pourtant, le Concile de Trente en 1563 confirme l’importance de la vénération des reliques tout en gardant les fidèles de tomber dans la superstition. Une nouvelle pratique naît d’adoration domestique des reliques, qui perdure jusqu’au XIXe s. De nombreux reliquaires de toute petite taille et de fabrication plus modeste sont réalisés durant ces siècles-là, souvent par des religieuses qui utilisent avec minutie la technique du papier roulé ou paperoles. Cette nouvelle dévotion témoigne de l’attachement des fidèles à ce culte, mais, plus difficile encore à contrôler, amène également son lot de falsifications.

Aujourd’hui, nous avons connaissance de toutes ces dérives passées. Aujourd’hui, nous savons que le monde compte au moins trois têtes de saint Jean-Baptiste et que certains saints ont plus de phalanges qu’il n’en faudrait. Aujourd’hui, nous avons appris à nous méfier de ce qu’on ne peut expliquer. Aujourd’hui, nous préférons être sceptiques que passer pour trop crédules.

Les reliques dans les églises, piliers de notre foi

Pourtant dans chaque église des reliques sont encore présentes. Chaque dimanche, nous nous retrouvons autour d’elles. En effet, au moment de la dédicace d’un autel, il est d’usage d’y placer une ou plusieurs reliques. Cette tradition provient de l’habitude des premiers chrétiens de célébrer les messes dans les catacombes, sur les tombes des martyrs et sous leur protection.  Avec le concile de Carthage en 401, cette pratique devient obligatoire. Le concile Vatican II a voulu en rappeler l’importance. Ces reliques nous rappellent le rôle de passeurs que nous avons à jouer. Si nous sommes croyants aujourd’hui c’est parce que se sont succédées des générations de témoins, dont les plus grands ont été canonisés, et qui nous ont transmis la Parole divine et leur attachement à l’Evangile. A notre tour, nous sommes appelés à suivre l’exemple de ces saints et à témoigner de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

A noter : en cas de procédure légale de désaffection de l’édifice, le diocèse peut récupérer les reliques, celles-ci n’étant pas concernées par la procédure.

En effet, encore aujourd’hui, les reliques sont le témoignage de notre foi, et ce à plusieurs titres. L’aspect le plus évident est notre croyance, professé dans le Credo, en la communion des saints. Mais elles sont également le témoignage de notre foi en la présence de l’Esprit Saint dans les corps des saints et de notre foi en la résurrection de la chair. Elles témoignent de notre conviction que notre corps est le temple de l’Esprit Saint (1 Co 6, 19-20).

Saint Thomas d’Aquin écrivait : « Nous n’adorons pas ce corps insensible pour lui-même, mais à cause de l’âme qui lui fut unie et qui jouit maintenant de Dieu, et à cause de Dieu, dont l’âme et le corps furent les serviteurs. » Les reliques ne sont pas un objet de vénération en elles-mêmes mais un support de prière vers Dieu, un vecteur pour s’approcher de Lui. En cela, même si des reliques s’avèrent fausses, apocryphes, elles gardent une valeur sacrée si elles ont su provoquer une réelle ferveur religieuse et si des miracles leur ont été attribués. Les reliques ne sont qu’un moyen, un catalyseur dont on peut avoir besoin pour sentir la présence de Dieu dans sa vie.

Les reliques aujourd’hui : prudence et considération

Bien sûr, ceci ne signifie pas que nous devons manquer de prudence. Le code de 1917 précise bien que :

 « Peuvent seules être exposées au culte public dans les églises, les reliques que par écrit ont reconnues authentiques un cardinal, l’Ordinaire du lieu ou un prêtre habilité à les authentifier. »

« Les saintes reliques dont les preuves d’authenticité, par suite des révolutions ou pour de toutes autres causes, ont disparu, ne doivent pas être exposées à la vénération publique sans l’approbation préalable de l’Ordinaire du lieu. »

Sachant cela, tout reliquaire scellé doit être traité avec la plus grande considération : l’authentique peut avoir été déposé aux archives diocésaines ; le sceau peut garantir l’intégrité du contenu. En revanche s’il ne subsiste ni sceau, ni authentique, ni marque d’identification, si la tradition de vénération de ces reliques s’est perdue et qu’il n’en reste plus de traces ni orales, ni écrites, on peut, avec la plus grande déférence, les enterrer. Si un reliquaire subsiste on prendra soin de le conserver et de le montrer à l’occasion à la conservatrice des antiquités et objets d’art du département ou à un membre de la CDAS qui pourront juger de la pertinence de le conserver, ou non, et dans quelles conditions. En cas de doute et en attendant l’avis d’experts, le plus grand soin doit être apporté à leur conservation. Le reliquaire étant souvent composé de matériaux divers (bois, métal, tissu, papier…), les conditions de conservation à appliquer sont celles du matériau le plus fragile. Les grands ennemis de ces objets sont généralement la lumière, l’humidité, la poussière et les mauvaises manipulations.

En conclusion, la conservation des reliques est une question épineuse mais qui mérite toute notre attention, non seulement pour leur importance dans l’histoire de notre religion mais aussi pour leur qualité spirituelle indéniable. En cas de doute sur la bonne conduite à tenir avec ces objets, n’hésitez pas à faire appel à la Commission Diocésaine d’Art Sacré qui saura vous conseiller et vous mettre en relation avec les personnes idoines.

Quelles reliques dans le Loiret ?

  • Fragments du corps de saint Benoît, à Saint-Benoît-sur-Loire
  • Morceau de la Vraie Croix à la Cathédrale Sainte-Croix d’Orléans
  • Corps de saint Posen à Châtillon-sur-Loire
  • Corps de saint Béthaire à Bazoches
  • et bien d’autres …

Bibliographie

Antoni Sébastien, « Pourquoi met-on des reliques dans les autels », La Croix, décembre 2012. URL : https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Reliques/Pourquoi-met-on-des-reliques-dans-les-autels

Becker Caroline, « Quand des religieuses fabriquaient des reliquaires à mettre dans son salon. », Aleteia, 10 novembre 2017. URL : https://fr.aleteia.org/2017/11/10/quand-des-religieuses-fabriquaient-des-reliquaires-a-mettre-dans-son-salon/

Biotti-Mache Françoise, « Aperçu sur les reliques chrétiennes », Études sur la mort, 2007/1 (n° 131), p. 115-132. DOI : 10.3917/eslm.131.0115. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-sur-la-mort-2007-1-page-115.htm#

CDAS de Paris, Les reliquaires à paperoles. URL : https://www.paris.catholique.fr/les-reliquaires-a-paperoles.html

Kosloski Philip, « Pourquoi des reliques de saints sont-elles placées à l’intérieur des autels ? », Aleteia, 29 avril 2020. URL : https://fr.aleteia.org/2020/04/29/pourquoi-des-reliques-de-saints-sont-elles-placees-a-linterieur-des-autels/

Les reliquaires de A à Z, exposition présentée au MUCEM, Marseille, du 10 avril au 2 septembre 2019. URL : https://www.myprovence.fr/article/les-reliquaires-de-a-a-z-un-abecedaire-des-collections-du-mucem

« Petit rappel historique et théologique au sujet de la vénération des reliques », publié le 12/03/2009 sur le site du diocèse de Paris. Disponible sur le site de la Conférence des évêques de France. URL : https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/les-pelerinages/370562-petit-rappel-historique-et-theologique-au-sujet-de-la-veneration-des-reliques/

Reliques et reliquaires, objets de culte, objets d’histoire, Bulletin de l’Association des Archivistes de l’Eglise de France, 2e semestre 2015, n°84.

PdB ou Pascale de Barochez, déléguée à la Pastorale du Tourisme du diocèse d'Orléans.