Sur le chemin de saint Jacques dans le Loiret

Pour accompagner dans le Loiret les pèlerins de Saint-Jacques … et les autres

Basilique de Clery-Saint-André, statue de saint Jacques

 

Ce livret a été conçu et rédigé par des membres de l’équipe de la Pastorale du Tourisme du Loiret, Christiane Lucotte, Brigitte Talarie et Pascale de Barochez à l’occasion de l’année jacquaire 2021. (Téléchargez le livret Ici). 

 

 

Le premier guide réalisé pour accompagner et faciliter le chemin des pèlerins de Saint Jacques fut, en 1120, le Codex Calixtinus qui répertoriait tout le long du chemin les lieux saints à visiter afin de fortifier la foi et alléger le pas de ceux qui faisaient ce qui allait devenir le célèbre pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est dans cet esprit et sur ce modèle que la Pastorale du Tourisme du Loiret a voulu, bien modestement, répertorier, sur ou à proximité de la partie du chemin traversant le Loiret, les églises et les lieux qui parlent de saint Jacques. Ainsi, lors de ses étapes, le pèlerin pourra nourrir sa culture et/ou sa foi avec la conscience et la satisfaction de s’inscrire dans la très longue lignée des hommes qui cherchent et s’interrogent. 

 

 

Plan 

Le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle 

  1. Qui était saint Jacques ?
  2. Le pèlerinage
  3. Le pèlerin
  4. Les routes et les bornes

Sur les traces de saint Jacques dans le Loiret

  1. Faronville
  2. Izy
  3. Orléans : la cathédrale Sainte-Croix, la chapelle Saint-Jacques, l’église Saint-Donatien
  4. Cléry-Saint-André
  5. Huisseau-sur-Mauves

Pour animer la route …

Bibliographie

Le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle

  1. Qui était saint Jacques ?

   Saint Jacques le Majeur, fils de Zébédée, est un des douze apôtres de Jésus-Christ. Comme son frère Jean, le futur évangéliste, il est pêcheur sur le lac de Tibériade quand il répond à l’appel du Christ. « [Jésus] vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, eux aussi dans leur barque en train d’arranger des filets et aussitôt il les appela. Et laissant leur père Zébédée dans la barque avec ses employés, ils partirent à sa suite », (Mc, 4, 19-20). C’est un des premiers apôtres ayant suivi Jésus (d’où son qualificatif de « Majeur ») et un apôtre important puisqu’il est choisi, souvent avec son frère Jean, comme témoin d’événements cruciaux que sont la résurrection de la fille de Jaïre chef de la synagogue, la Transfiguration sur le mont Thabor, l’arrestation de Jésus sur le mont des Oliviers. Selon les Actes des Apôtres (Ac 12, 2), il est décapité sur ordre d’Hérode et meurt en martyr.

Église Saint-Paterne à Orléans – vitrail du transept sud. Saint Jacques est reconnaissable à sa coquille sur son chef (2ème à partir de la droite)

Les Actes des Apôtres et plusieurs Évangiles attestent de ces faits et les attribuent bien à Jacques le Majeur. La légende ajoute que le corps du saint placé par ses compagnons dans une barque serait arrivé jusqu’en Galice. Mais, pour ne rien simplifier, il existe plusieurs Jacques dans la Tradition Chrétienne (dont un autre apôtre, Jacques le Mineur, auteur de l’Épître qui porte son nom) et il est difficile de savoir si c’est à Jacques le Majeur qu’il faut attribuer les événements que rapporte la légende, à savoir l’évangélisation de l’Espagne, la Galice notamment, et le tombeau  découvert à Compostelle au IXe siècle. Il est clair que la découverte du tombeau correspondait à la nécessité politique du royaume d’Orviedo qui devait faire face à de multiples menaces : les Francs, les musulmans, la volonté de contrôle de la papauté. S’appuyant sur un texte anonyme qui attribuait à chaque apôtre, après la Pentecôte, l’évangélisation d’une partie du monde et à Jacques celle de l’Espagne, s’appuyant aussi sur un passage des Actes des Apôtres (1, 8) selon lequel Jésus, peu avant son ascension, demande à ses disciples d’être ses témoins « jusqu’aux extrémités de la terre », les rois d’Orviedo firent à la chrétienté l’annonce de la découverte du tombeau de saint Jacques et très vite les pèlerins arrivèrent en Galice .

Il est donc difficile de faire la part entre légende et réalité historique

2. Le pèlerinage à Compostelle qui débute au IXe siècle  s’intensifie au XIe  avec la construction d’une grande basilique mais prend vraiment de l’ampleur au XIIIe siècle pour plusieurs raisons : le développement des frères prêcheurs, itinérants, le mariage du roi de France Philippe IV le Bel avec Jeanne, comtesse de Champagne et reine de Navarre qui fait ainsi passer les chemins de saint Jacques sous l’autorité du roi de France et favorise le départ des pèlerins français, enfin et surtout l’inaccessibilité de Jérusalem après la prise de Saint-Jean-d’Acre par les musulmans en 1292. À défaut d’aller en Terre Sainte, pèlerinage par excellence, les pèlerins occidentaux se rendent alors à  Rome (on les appelle les Romieux) ou  Compostelle (ce sont les Jacquets). Quand on allait à Compostelle, il était de plus rassurant de se placer sous la protection d’un saint au caractère bien trempé que Jésus lui-même avait surnommé « fils du tonnerre » (Mc, 3, 17). Du XVe au XXe s le pèlerinage à Compostelle connut un net déclin : la guerre de Cent ans et l’insécurité qu’elle engendra, la Réforme qui condamna le culte des reliques lui portèrent des coups sévères.

peinture de pèlerin sur une coquille (compostelle45.fr)

3. Le pèlerin partait autrefois, et part encore, pour un voyage long de plusieurs mois, et qui était autrefois dangereux. Il partait peut-être pour des raisons thérapeutiques (l’espoir d’une guérison) mais surtout porté par l’espoir de salut que devait lui apporter la rencontre d’une relique ou du tombeau d’un saint, dont le culte, au Moyen-âge, était si prégnant. Par ce voyage semé d’embûches il adressait avec ferveur une prière à Dieu, lui demandant une guérison et/ ou le pardon de ses fautes et la rémission de ses péchés. L’historien Jean Favier résume ainsi l’esprit du pèlerinage au Moyen-âge : Marche, sois guéri, vois. Les mêmes motivations animent encore des Jacquets d’aujourd’hui, fort nombreux, qui suivent le chemin, à pied ou en vélo (en 2020 ils furent près de 340 000 à demander leur “compostela” et leur nombre s’accroît de près de 10% chaque année). Il est aussi des années remarquables que l’on appelle année jacquaire ou compostellane, celles où le 25 juillet, jour de commémoration du martyre de l’apôtre saint Jacques, tombe un dimanche. Cela arrive 14 fois par siècle et fut le cas en 2021. Alors la « porte sainte » de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle est ouverte au premier jour et refermée au dernier jour de l’année. Les croyants qui font le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle cette année-là peuvent obtenir l’indulgence plénière.

Certes, d’autres motivations faisaient et font encore aujourd’hui marcher le Jacquet, le goût de la marche et de l’effort physique ou le besoin d’une vie intérieure plus riche. Mais rien ne dit qu’un cheminement motivé au départ par un besoin personnel et non religieux ne se terminera par une rencontre avec  Dieu.

Nous croyons au miracle.

Aspects du pèlerin (hier et aujourd’hui)

De tout temps le pèlerin a été reconnaissable. Aujourd’hui, seul ou accompagné, à pied ou à vélo, il porte sac à dos et bâton. Autrefois il était équipé d’une besace légère (ayant fait vœu de pauvreté il attend qu’on le soutienne, une richesse visible l’aurait d’ailleurs mis en danger) et d’ un long bâton, le bourdon, pour l’aider dans sa marche … et faire face à d’éventuels agresseurs, hommes (comme les faux pèlerins appelés coquillards), loups ou diable. Vêtu d’une cotte (longue tunique), d’un surcôt et d’un chaperon (capuchon prolongé d’un collet recouvrant les épaules), il portait un grand chapeau sur lequel était accroché  le symbole même du pèlerinage : la coquille Saint-Jacques qu’à l’origine il ne pouvait porter qu’à son retour, récompense obtenue après avoir atteint son but. Dès l’Antiquité le coquillage était symbole de la fécondité et de l’amour, c’est de plus un mollusque très répandu sur les côtes de Galice. La légende dit aussi que c’est dans une barque mais parfois aussi dans une coquille, que furent transportées, de Jérusalem en Espagne,  les cendres du saint.

Les attributs du pèlerin Statue de saint Jacques, Basilique Notre-Dame, Cléry-Saint-André

4. Les routes  et les bornes

Le Guide du pèlerin rédigé vers 1140 citait quatre voies jacquaires : la voie Arelatensis (d’Arles), la voie Lemovicencis (de Vézelay), la voie Podiensis (du Puy-en-Velay), la voie Turonensis, (de Tours). C’est cette dernière qui nous intéresse car elle traverse le Loiret. Si lesguides la commentent, ils le font succinctement, s’intéressant plutôt à la partie qui commence à Tours, plus riche de monuments prestigieux. Consacré à  la partie loirétaine,  ce petit livret enrichit et  complète donc le parcours des guides traditionnels. Tous ces itinéraires, en France et en Espagne, ont été déclarés en 1987 « Premier itinéraire culturel » par le Conseil de l’Europe et font donc partie du patrimoine de l’humanité.

Le chemin qui va du nord du département du Loiret vers Orléans, passe par Etampes, Méréville, la vallée de la Juine arrivant sur Autry-sur-Juine, traverse la Beauce chère à Charles Péguy en passant par Aschères-le-Marché, puis Saint-Lyé-la-Forêt et la forêt domaniale d’Orléans pour arriver à la ville d’Orléans. Ensuite, au sortir d’Orléans, deux possibilités s’offrent aux pèlerins :soit passer par Cléry-Saint-André, Lailly-en-Val sur la rive gauche de la Loire, soit emprunter la rive droite en passant par La Chapelle-Saint-Mesmin, Meung-sur-Loire,  pour rejoindre Blois. 

La voie turonensis (compostelle45.fr)
Borne de Faronville

Le pèlerin se rassure grâce au marquage réalisé par les bénévoles d’associations, La Fédération Française de Randonnée Pédestre ou Compostelle 45 : des signes  bleus et jaunes, couleurs du chemin de  Compostelle, (les couleurs ont un sens : le bleu évoque le ciel, le jaune, ici,  dynamisme et sérénité).

Borne de Meung-sur-Loire

En plus de ces signes colorés, l’association Compostelle 45 a fait ériger, en collaboration avec les mairies, des bornes qui jalonnent  le chemin : à  Aschères-le-Marché,  à  Orléans, (pont de l’Europe), La Chapelle-Saint-Mesmin (bord de Loire) et Meung-sur-Loire.  Les bornes sont en pierre avec une coquille, elles ont été réalisées, de 2017 à 2019, par les élèves du lycée Gaudier Brzeska de Saint-Jean-de-Braye, la pierre ayant été offerte par l’entreprise orléanaise ROC. En prenant en photo le QR code qui s’y trouve, les pèlerins sont dirigés vers le site Internet de l’association à l’origine du projet, Compostelle 45, où sont disponibles nombre de renseignements utiles.

www.compostelle45.fr – compostelle45@gmail.com – tel 06 77 81 67 70

Les bornes s’inscrivent dans la continuité des petits tas de pierres surmontés d’une croix, appelée Montjoie, que les pèlerins érigeaient sur le bord de la route. Dès le XIIIe s le cardinal Hugues de Saint-Clair les mentionne. Ils reprenaient une coutume des voyageurs de l’Antiquité implorant, par l’érection d’un tas de pierres, la protection des dieux.

Sur les traces de saint Jacques dans le Loiret

N.B : on se limitera aux traces de saint Jacques le long de la route du pèlerin.

  1. Faronville (localisation)

L’église Saint-Pierre-Saint-Jacques longe la route du pèlerin qui, après avoir traversé les monotones champs de blé de Beauce la verra, spectacle rare, se détacher de loin au milieu des prés et des champs. L’église date du XVIIe s (s’appuyant sans doute sur les restes d’un édifice du XVIe) quand le seigneur du lieu proposa de reconstruire à ses frais l’église détruite de la commune d’Acquebouille, mais près de son château, toujours visible à côté.

L’église de Faronville est donc toujours l’église du village, pourtant distant de quelques kilomètres, d’où la présence du cimetière à proximité. On remarque que l’église, petite et de belles proportions, n’est pas orientée vers l’est contrairement à l’usage le plus répandu mais vers le sud-ouest, le seigneur ayant souhaité que l’entrée de l’église soit tournée vers la cour d’honneur du château.

 

Sur le mur, à gauche de la porte d’entrée, une plaque rappelle que l’église fut longtemps une halte importante pour les pèlerins de Compostelle. Le charme de cette église nous fait comprendre l’intérêt de cette halte et on souhaite que le pèlerin prenne la peine de téléphoner à la personne bénévole qui, gentiment, viendra la lui ouvrir. Il découvrira à l’intérieur un décor de lambris du début du XVIIIe qui couvre l’intégralité des murs, un beau retable à trois niches de la même époque et, sur l’autel, à gauche de l’entrée, une statuette de saint Jacques reconnaissable à sa coquille.

 

Église Saint-Pierre-Saint-Jacques de Faronville, statue de saint Jacques

2. Izy (localisation)

Si ses jambes le lui permettent, le pèlerin pourra faire un  détour d’une dizaine de km (aller-retour)  par la petite église Saint-Christophe d’Izy. Depuis 1929 elle est un lieu de pèlerinage pour les automobilistes et propriétaires de véhicules même modestes (les bicyclettes sont admises) qui viennent faire bénir, sous la protection de saint Christophe, leur moyen de transport. Mais c’est bien précisé : ce n’est en aucun cas un passeport pour la vie !

L’église Saint-Christophe d’Izy est originale car tout en longueur, sans transept. Elle date pour la nef du XIIe s et pour l’abside du XVe.

Si on a la chance d’y pénétrer on pourra admirer un bel autel du XIIe placé sur un devant d’autel en pierre, récupéré dans l’église de Chaussy, démolie au siècle dernier, et deux grandes statues baroques, une de saint Christophe et l’autre de saint Jacques (très abimée).

  • Église Saint-Christophe d’Izy
  • Église Saint-Christophe d’Izy, statue de saint Jacques

 

3. Orléans

  • La cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, place Sainte Croix, proche de la maison jacquaire.

(voir aussi le site Belles Églises de France)

Dès le XIe siècle, le Codex Calixtinus incite les pèlerins à se rendre dans la cathédrale pour adorer la relique de la Sainte Croix. Cette grande église gothique est composite, le chœur date des XIIe et XIVe, le reste de l’église (le transept et la nef détruits en 1568 par les protestants) fut reconstruit du XVIIe jusqu’au XIXe s dans le style néo-gothique imitant le style de l’église initiale. On admire les belles stalles en bois du début du XVIIIe, les vitraux de Galland et Gibelin réalisés à partir de 1879 qui racontent la vie de Jeanne d’Arc dans cette ville qui célèbre le souvenir de sa libératrice chaque 8 mai. Le pèlerin de Saint-Jacques se dirigera vers une chapelle rayonnante, côté sud du déambulatoire appelée, c’est selon, chapelle des Saints-Apôtres, chapelle Saint-Jacques-le-Majeur ou chapelle des évêques. Cela donne l’occasion de découvrir les magnifiques verrières du peintre-sculpteur Pierre Carron (né en 1932) qui, dès 1993, a restauré les vitraux, ou parties de vitraux, détruits en 1944 par les bombardements américains sur la ville. Dans la partie haute de cette verrière, on distingue deux anges (portant crosse épiscopale à gauche et croix-reliquaire à droite) et au sommet l’œil divin et la silhouette du Père. Dans la partie basse, sur un drap d’or, douze médaillons où sont représentés les visages et les attributs des apôtres et des évangélistes. Le pèlerin reconnaîtra saint Jacques, identifiable à sa coquille, et peut-être, à la tombée du jour, aura-t-il la chance de voir le vitrail éclairé d’une lumière qui en révèle la beauté.

Cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, vitrail des apôtres
  • Non loin de la cathédrale, les vestiges de la chapelle Saint-Jacques, 3 rue d’Escures, dans le jardin derrière la mairie, l’ancien hôtel Groslot, ne sont pas à leur emplacement initial. Autrefois la chapelle jouxtait la muraille antique, au débouché de l’ancien pont sur la Loire. Elle a été déplacée au XIXe.

Cette belle chapelle du XVe s de style gothique flamboyant fut classée Monument historique en 1849 par Prosper Mérimée. De cette chapelle, étape sur le chemin de Compostelle, il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges en assez mauvais état. Cependant on distingue sur la façade deux pèlerins sans tête, le temps et surtout les guerres de religion du XVIe s ayant fait beaucoup de dégâts dans la région. Les deux hommes sont face à face, genou en terre, le chapeau dans le dos, la besace ornée d’une coquille et le bâton au côté. Sans doute tenaient-ils un médaillon à coquilles dans leurs mains, on distingue encore les côtes du coquillage.

La sculpture se trouvait au dessus de la niche qui abritait la statue de saint Jacques dont les pèlerins demandaient la protection.

Pèlerins, vestiges de la chapelle Saint-Jacques, Orléans

Voir ci-dessous l’église Saint-Donatien où on peut voir la représentation de la chapelle Saint-Jacques sur un vitrail du choeur.

  • L’église Saint-Paterne, 112 rue Bannier, non loin de la gare, est une grande église représentative des églises du XIXe. Il faut aller vers le transept nord pour y  regarder les vitraux. La quasi totalité des vitraux de l’église ont été soufflés par les bombardements de juin 1944. Ils ont été remplacés entre 1947 et 1952 par Jacques Le Chevallier, peintre verrier parisien et l’entreprise de verriers Degusseau d’Orléans. En bas de la verrière on distingue leur nom et la date d’exécution (1947).
Église Saint-Paterne, Orléans – vitrail du transept sud

Ces vitraux ont pour thème les litanies en l’honneur de Marie. Ces litanies sont une prière énumérant les qualités religieuses de la Vierge Marie qui l’élèvent au dessus des hommes, la rapprochant de Dieu. Ces qualités sont représentées par des images : Tour d’Ivoire, Tour de David, Trône de la Sagesse, Miroir de Justice, Vase d’Or, Jardin clos, Porte du Ciel, Étoile du matin, Arche d’Alliance, Maison d’or. Positionnées sur fond bleu, couleur de Marie, les images se lisent depuis le bas dans le sens des aiguilles d’une montre.

Au centre le M, monogramme de Marie et le A, d’Ave Maria, entrelacés et couronnés. En haut du vitrail les mains de Dieu et la colombe du Saint-Esprit, en bas l’agneau symbolisent Jésus incarnant la Sainte Trinité.

Sous la rosace, six figures d’apôtres (ou évangélistes) qui portent l’objet symbolisant leur martyr, leur métier ou leur fonction. Le pèlerin reconnaîtra facilement saint Jacques à son bourdon.

Deux autres verrières illustrent des épisodes de la vie de la Vierge. Dans toutes les scènes Marie est très reconnaissable par son manteau et son auréole bleus.

C’est vers cette verrière et la statue de Marie qui la complète  que lors des cérémonies les paroissiens se tournent pour chanter ce beau chant de Jean-Marie Vitry…  qui peut aussi accompagner le pèlerin sur son chemin :

Si le vent des tentations s’élève
Si tu heurtes le rocher des épreuves
Si les flots de l’ambition t’entraînent
Si l’orage des passions se déchaine
Regarde l’étoile
Invoque Marie
Si tu la suis, tu ne crains rien
Regarde l’étoile
Invoque Marie
Elle te conduit sur le chemin…..

On remarque, sur la verrière du transept nord, en face, une représentation de Jacques le Mineur, avec l’épée de son martyre.

  • L’Église Saint-Donation, 89 rue de la Charpenterie (localisation)

Dédiée à Saint Donatien et son frère saint Rogatien (martyrs nantais dont le culte fut introduit au Xe siècle par des Bretons fuyant les invasions normandes), l’église qui porte ce nom peut surprendre le visiteur par la variété de ses styles. Rien d’étonnant à cela car l’édifice, construit en bord de Loire, a subi les ravages dus aux différents conflits, siège d’Orléans pendant la guerre de Cent Ans, guerres de religion, Révolution française, les parties détruites étant chaque fois reconstruites dans le style du moment et s’ajoutant aux éléments préservés. Ainsi les piliers du chœur et l’extérieur du clocher datent du XIIIe, la voûte des XVe et XVIIe, le portail à fronton triangulaire du XVIIIe, les vitraux du chœur et la chapelle de la Vierge du XIXe, le vitrail des noces de Cana du XXIe.Située tout près du Châtelet, résidence royale fréquentée par les rois, notamment Saint Louis qui venait à Orléans secourir les malades de l’Hôtel Dieu, l’église Saint-Donatien conserva, jusqu’à la Révolution le titre d’église royale. Rien d’étonnant à ce qu’un vitrail du chœur (les vitraux sont signés Léon Ottin, Paris, 1877), représente le roi Saint Louis, en costume royal, robe violette et manteau fleurdelisé. En haut, dans une rosace, le symbole de la Foi représentée par une femme tenant un calice d’où sortent des hosties. Le roi est pieds nus, évocation de sa croisade en Terre Sainte sans doute, pèlerin de la foi au même titre que saint Jacques, pieds nus également, qui lui fait face. Saint Jacques est vêtu d’un costume brun et d’une pèlerine violette, coiffé d’un turban violet tous deux ornés de coquilles blanches. Il porte une escarcelle jaune et tient un livre de la main droite, son bourdon de la main gauche.

Église Saint-Donatien, Orléans – vitrail du choeur

La présence du saint s’explique aussi par la proximité, dès le Moyen-âge, de la chapelle Saint-Jacques fondée au XIIe s par Louis VII de retour de Compostelle (chapelle aujourd’hui déplacée dans le jardin de la mairie voir plus haut) qui avait pour vocation d’accueillir les pèlerins. La chapelle Saint-Jacques est d’ailleurs représentée sur le bas du vitrail dans une grisaille où on voit le vieil Orléans.

En sortant on ne manquera pas de regarder le vitrail des noces de Cana, bien commenté, offert en 2005 par les paroissiens, les marchands et artisans de ce quartier des Halles, autrefois et aujourd’hui encore très actif.

  • Si le pèlerin dispose d’un peu de temps il pourra se rendre au n° 7 de la rue de la pierre percée (à 500 m environ, près des quais de la Loire) où il pourra admirer une belle maison Renaissance, typique des maisons de commerçants avec ses deux étages, son entrée latérale et son échoppe au rez-de-chaussée. Cette maison appelée Maison de la coquille (nom dû au coquillage sculpté au dessus de la porte d’entrée) se trouvait à côté de l’emplacement ancien de la chapelle Saint-Jacques. Peut-être a-t-elle accueilli des pèlerins … Mais le coquillage qu’elle porte en décoration (vu sur sa face intérieure) est un motif de décoration typique de la Renaissance plus qu’une indication du pèlerinage à saint Jacques qui, lui, est représenté plutôt par la face extérieure, bombée, du coquillage. D’ailleurs il semblerait que ce nom de coquille vienne d’un jurisconsulte orléanais, Guy Coquille, qui, au XVIe siècle, habita la rue.

En scannant le QR code qui se trouve sur des «témoins» placés en certains lieux de la ville on pourra, à la manière d’un jeu de piste, faire connaissance avec l’histoire d’Orléans.

4. Cléry-Saint-André (localisation)

(Voir aussi le site Belles Églises de France : https://www.belleseglises.com/fr/)

Le visiteur, dès son entrée, est accueilli par la belle statue de Notre-Dame en bois polychrome du XVIIe qui trône sous un dais au dessus du maître-autel. Elle remplace une antique statue du XIIIe à laquelle on accorda des pouvoirs miraculeux ce qui justifia la construction d’une chapelle puis d’une église. La dévotion des grands de ce monde, Dunois notamment, et celle des rois de France lui attira renommée et donations. Louis XI fut le plus généreux des donateurs et, lors du siège de Dieppe en 1443, il fit le vœu de la reconstruire après les ravages occasionnés par la guerre de Cent ans. Elle devint chapelle royale et le roi la choisit comme lieu de sépulture.

Durant les guerres de religion les protestants saccagèrent cette église trop chérie des rois et violèrent les tombes. Le mausolée qui se trouve aujourd’hui dans l’église est une probable reconstitution, faite au XVIIe, de celui qu’avait fait placer Louis XI au dessus de son caveau.

 

La chapelle Saint-Jacques qui s’ouvre sur le bas-côté au niveau de la cinquième arcade sud est sans doute la plus belle et la plus importante évocation de saint Jacques dans le Loiret. Elle est aussi en lien étroit avec la royauté.

 

 

 

En 1518 deux frères, Gilles et François de Pontbriand, firent bâtir et orner cette chapelle en l’honneur des pèlerins de saint Jacques. Gilles était doyen du chapitre de Notre-Dame de Cléry et François était chargé par le roi François Ier de la construction de Chambord. C’est dans cette chapelle que les deux hommes furent enterrés et firent apposer sur les voûtes et les murs leurs meubles héraldiques : pont d’or sur champ d’azur joint aux mouchetures d’hermine et cordelières de la reine Anne de Bretagne, deux fois reine de France et familière du château de  Blois.

Les pèlerins de saint Jacques  sont évoqués en maints endroits :

  • par les sculptures de bâtons et coquilles sur la porte de bois (1622), richement décorée, qui ferme la chapelle,
  • par une belle tête en pierre (récente) portant chapeau à coquille qui émerge du mur de gauche,
  • par le décor de cordelières, bourdons, besaces et coquilles qui orne les voutains et la cheminée
Détails de la chapelle Saint-Jacques dans la basilique de Cléry-Saint-André
  • par la très belle statue en bois du XVIe représentant saint Jacques en pèlerin, sous un dais en forme de coquille (motif décoratif de la Renaissance montrant l’intérieur de la coquille et non l’extérieur qui est, lui, le symbole du pèlerin),
  • par l’enseigne en pierre d’un ancien lieu d’hébergement pour pèlerins (« Au mouton blanc ») qui arbore la coquille,
  • par la figure de saint Jacques dans le vitrail du XIXe s.

Le décor qui mêle les symboles royaux, ceux de la famille Pontbriand et ceux des pèlerins de saint Jacques, dit la bienveillance et la protection que la royauté accordait aux pèlerins (et aux frères Pontbriand !) qui s’arrêtaient en ce lieu.

Sur la route qui le conduit vers Beaugency peut-être le pèlerin fredonnera-t-il cette vieille chanson créée après le désastre d’Azincourt (1415),

À ce dauphin si gentil Aujourd’hui que reste-t-il De tout son beau royaume, Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme…..

Si  le pèlerin a choisi la route au  nord de la Loire et circule à vélo, il pourra envisager de faire un détour (18 km aller-retour depuis Saint-Ay), sur une jolie route du Val de Loire pour aller à la rencontre de saint Jacques dans l’église de  Huisseau-sur-Mauves[1].

5. Huisseau-sur-Mauves (localisation)

Le village était autrefois sous la domination et la protection d’une importante forteresse dont il ne reste aujourd’hui que deux tours enserrant la porte d’entrée du mur d’enceinte sur lequel s’appuie l’église du XIXe.  Le château a été détruit à la Révolution.

Château de Huisseau-sur-Mauves
Statue de saint Jacques
Chapelle commémorative
Eglise Saint-Pierre-es-Liens de Huisseau-sur-Mauves

L’église Saint-Pierre-aux-Liens date essentiellement du XIXe même s’il reste  des vestiges  de l’église d’origine (XIIIe s).

À l’intérieur on découvre une belle et originale statue de saint Jacques, botté, chapeauté, arborant barbe et moustache, vêtu de court (présentant ainsi quelque ressemblance avec un mousquetaire du roi). Le saint porte une besace et tient d’une main son bourdon auquel est accroché un minuscule baluchon, de l’autre un livre ouvert (livre saint ou guide de voyage ?).

À gauche en entrant dans l’église, au pied de la grande statue de saint Michel terrassant le dragon (œuvre du sculpteur loirétain Charles Desvergnes, 1860-1928)  on remarque une coquille Saint-Jacques qui rappelle les coquilles du collier de l’ordre de Saint-Michel évoquant un autre pèlerinage, celui du Mont-Saint-Michel  à moins qu’elle ne symbolise la victoire sur les démons que terrassera tout pèlerin par son périple ?

On notera les trois fleurs de lys car saint Michel était, depuis le Moyen-âge, le protecteur de la royauté française.

 Aux pieds de la statue de saint Michel

Enfin, à droite de l’entrée, le pèlerin pourra admirer une chapelle commémorative aux combattants de la Première Guerre Mondiale, réalisée en1920 par le peintre local Marius Chatouillat qui montre en quatre tableaux  le calvaire du soldat assimilé au calvaire du Christ : en faction dans une tranchée ennoyée, sa mort dans les bras de l’aumônier et l’accueil de son âme par Marie dans le ciel, la messe célébrée à l’arrière avant l’attaque, le prisonnier dans un camp allemand pensant à sa famille un soir de Noël (c’était le cas du peintre, combattant mutilé  prisonnier en Allemagne).

[1]  Les Mauves sont de petits cours d’eau  longtemps  utilisés pour actionner de nombreux moulins.


Pour animer la route …..

Il existe des prières et des chants  qui pourront accompagner les pèlerins, en voici quelques uns :

*des  prières

ou celle-ci plus courte et très ancienne que récitaient déjà les pèlerins du Moyen-âge :

Saint Jacques, prie pour nous
Saint Jacques que les pèlerins invoquent
Prie pour tous ceux qui t’aiment

*des chants :

Ce couplet, notamment, les portera :

Implorons la hautesse De Dieu souverain Père, Je tiendrai ma promesse, Ainsi comme je crois ; D’une âme vertueuse, Je m’en vais pour le mieux, Et qu’enfin bienheureux, J’aie un retour joyeux.

  • Ultreia

Merci aux auteurs des ouvrages dont la lecture a nourri ce recueil :

Abbé COURTIAL, L’Église Saint-Donatien, (écrit sous le mandat de Charles Sanglier 1878-1887).

PEROUSE DE MONTCLOS (Jean-Marie),CÉSARI Cécile, Le Guide du Patrimoine, Centre Val de Loire,  Direction du Patrimoine, Hachette, 1992.

RUCQUOI (Adeline), MICHAUD-FREJAVILLE Françoise, PICONE (Philippe), Le Voyage à Compostelle du Xe au XX e siècle, Collection Bouquin, Robert Laffont, Paris, 2018.

ARAGAS Philippe et SARDA Marie-Anne, Cléry-Saint-André, La collégiale Notre-Dame, Parcours du Patrimoine Région Centre, Lieux Dits, 2014.

Connaissance et Sauvegarde du patrimoine, Les églises de l’Outarvillois, Jouve, 2016.