Les églises du XXème siècle dans le Loiret
La loi 1905 constitue une étape majeure : les édifices religieux antérieurs deviennent propriété des communes. Les constructions postérieures doivent chercher leur propre financement. Cependant, si l’argent public ne finance plus aucune construction religieuse, il est intéressant de noter que les dommages de guerre permettront de réédifier une petite partie du patrimoine religieux du diocèse.
1905 traduit juridiquement une société qui se veut pluraliste, pas religieuse ni anti-religieuse.
On verra dans la suite de cet exposé qu’après une période florissante de construction ou restauration d’églises dans la deuxième moitié du XIXème siècle et une forte pause au début du XXème siècle, des constructions ou reconstructions d’églises voient le jour dans la seconde moitié de ce même siècle, plutôt après la seconde guerre mondiale.
Les bâtisseurs étaient habités par un sentiment d’urgence, avec le souci de ne pas voir Dieu disparaître des communautés humaines (nouvelles migrations, déplacements des populations quittant les territoires ruraux pour le travail). Ce souci a existé aussi dans notre département, comme on le verra.
Il a été fait appel aux plus grands architectes, qui ont aussi apprécié de donner leur mesure dans des projets différents des grands ensembles destinés à l’habitat ou aux commerces. La réflexion intellectuelle, historique, artistique, sociologique et liturgique a été intense. Les nouveaux matériaux ont changé la donne (béton en premier lieu, et toujours bois, métal, verre, pierre et brique, polyester !) !
De 1900 à 1940 (édifices peu représentés dans le Loiret), les bâtisseurs relevaient de deux tendances opposées : les partisans de la modernité et ceux de la conservation des modèles anciens. À ce titre, on peut dire que Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-la-Ruelle reprend un prototype, tout en admettant qu’il avait son originalité (style byzantin) dans notre diocèse.
De 1940 à 1980, la reconstruction se tourne majoritairement vers de la réinvention : deux églises ne sont pas reconstruites à l’identique, quelques éléments de l’architecture ancienne détruite sont intégrés au nouvel édifice, elles sont même réorientées (vers le sud pour Notre-Dame des Miracles et Boulay-les-Barres).
Les fonds versés pour les dommages de guerre suite à la destruction de l’église Saint-Paul à Orléans ont permis, d’une part de préserver le sanctuaire de Notre-Dame des Miracles qui avait échappé aux bombardements, d’autre part d’édifier dans des quartiers en pleine expansion démographique les chapelles Notre-Dame des Blossières et Notre-Dame des Foyers ainsi que l’église Saint-Jean-Bosco.
Les églises de la reconstruction sont résolument modernes, insérées dans des quartiers à forte densité d’habitation : Saint-Jean-Bosco, Sainte-Jeanne-d ’Arc à Orléans, Notre-Dame des Cités à Montargis, Saint-Dominique à Saint-Jean-de-La-Ruelle, Saint-Yves-de-La-Source.
1/ 1905-1914 :
L’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-la-Ruelle
Sa construction a débuté avant la loi de séparation et a été achevée peu après en 1906. Elle est de style byzantin. La première église se situait sur l’actuel cimetière et sa démolition s’est achevée en 1921. Son origine est incertaine mais l’on retrouve dans l’histoire de la ville des évocations à « Saint Jehan de la Ruelle » dès 1324. La construction de la nouvelle, dont la première pierre a été posée le 23 juillet 1905, est venue en remplacement de la première, qui nécessitait trop de réparations. (Rép du Centre, août 2013).
La chapelle Saint-Marc (quartier St Marc à Orléans) 
Elle a été édifiée par le curé pour permettre notamment de disposer d’un lieu où faire le catéchisme, sans obliger les enfants à parcourir plusieurs kilomètres. Elle a été consacrée en 1911 (elle offre 100 places, elle répond à un fort besoin). On la trouve aussi dénommée chapelle de la Barrière-Saint-Marc, chapelle du Bon secours ou chapelle du Sacré-Cœur.
La chapelle Notre-Dame à Châteaurenard :
La première pierre en est posée en février 1913, un procès-verbal est enfermé dedans, dont voici le texte : « Sous le pontificat de sa Sainteté Pie X, l’an mil neuf cent treize, le dimanche 23 février, à la clôture d’une mission donnée en cette paroisse de Chateaurenard, Mgr Touchet étant évêque d’Orléans, cette pierre est destinée à être la base d’une chapelle paroissiale. Elle fut bénite et posée solennellement par M. L’Abbé Camille Priou, curé doyen de la paroisse, assisté de l’Abbé Henri Royer et des Révérends Frères Faultier et Leplat, missionnaire apostoliques, en présence des membres du Conseil pastoral et d’un grand nombre de paroissiens. La chapelle paroissiale, élevée grâce à la souscription des habitants de Chateaurenard, sera dédiée à la TSV Marie, sous le vocable de N-D de Lourdes ».
La chapelle est ouverte aux prières et aux offices en 1914. Rapidement, elle devient un lieu de recueillement des familles des soldats engagés dans le conflit mondial de 1914-1918.
Après la guerre, quelques travaux sont encore effectués, dont l’installation d’un système de chauffage avec chaudière à bois et radiateurs, et la pose au fronton de la chapelle d’une mosaïque de Briare où est inscrite dans deux encadrés la liste des soldats morts pour la France à la guerre 1914-1918.
Malheureusement les mosaïques se dégradent et la liste des soldats est précieusement conservée dans l’espoir d’une future restauration.
(Source : Epana, )
2/ Première reconstruction après 1914-1918 :
Pas de destructions dues à la guerre.
3/ Projet pré-guerre poursuivi pendant et après la guerre :
Eglise Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus de Vésines
L’architecte Robert Jean Boitel dessine les premiers plans en 1939, sous l’impulsion de l’abbé Chambelland, qui avait constaté l’arrivée de travailleurs polonais et italiens avant la guerre, puis en 1939 de réfugiés espagnols. Sa construction sera ralentie par la guerre. Elle est inaugurée par Mgr Picard de La Vacquerie en 1952.
Elle est en béton recouvert de briques, le programme iconographique est coloré (peintures, vitraux, céramique du chemin de croix), il accorde une place centrale au Christ entouré des saints. Sont évoqués le travail, la famille et les dégâts de la guerre.
Aujourd’hui, l’édifice souffre de lézardes. La communauté portugaise s’y retrouve régulièrement.
4/ Eglises de la seconde reconstruction après 1939-1945 :
Chapelle provisoire : A St-Père-sur-Loire, dans un baraquement, de 1940 à 1956 (cf. plus bas pour l’église reconstruite).
Reconstruction à l’identique : St Germain de Sully-sur-Loire. L’église, bombardée en 1944, a été réhabilitée après la guerre avant d’être désacralisée et transformée en lieu culturel.
Reconstruction de l’église qui est alors réorientée :
Sanctuaire Notre-Dame des Miracles (après 1960) / église Saint-Paul à Orléans
Eglise Saint-Aignan de Boulay-les-Barres (voir photo mise en avant)
Eglises reconstruites, mais complètement différentes de l’ancienne église détruite :

L’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Gien (1950-1954) : reconstruction de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Louis sur le même emplacement. Le parti pris a été de ne pas reconstruire à l’identique, mais de solliciter la contribution d’un maximum d’artisans locaux pour un projet novateur. Le changement de vocable en est la meilleure illustration.
L‘église St-Pierre de Saint-Père-sur-Loire, édifiée uniquement à partir de 1956, en remplacement d’une église bombardée, remplacée temporairement par une chapelle provisoire en baraquement (cf. ci-dessus). Sa taille devait correspondre à celle de la population (un demi-millier d’habitants). Elle est originale car elle offre une remarquable charpente en bois et elle reprend des matériaux et des caractéristiques régionales : caquetoire, tuile, enduit, brique. De style solognot, elle est classée « architecture contemporaine remarquable ».
Eglises nouvelles :
L’église Saint Jean Bosco d’Orléans (1957), alias église des Peuples-du-Monde.
La Chapelle Notre-Dame des Blossières (12/1962) – annexe de Saint-Paterne, édifiée en utilisant les dommages de guerre de St Paul. Aujourd’hui confiée à la communauté copte égyptienne qui l’utilise pour ses offices et ses rassemblements.
La Chapelle Notre-Dame des foyers (1963) – annexe de Saint-Laurent, édifiée en utilisant les dommages de guerre de Saint-Paul.

Messes dominicales et en semaine régulières.
L’église Sainte Jeanne d’Arc d’Orléans (1964-1967), édifiée en utilisant en partie les dommages de guerre de Saint-Paul.
Notre-Dame des Cités à Montargis (1966)
(projet de rachat après désacralisation pour en faire une salle de spectacle)

L’église Saint-Dominique à St-Jean-de-La-Ruelle (1967)
Cette église est providentielle pour les rassemblements diocésains. Un accueil y est ouvert tous les matins (un oratoire plus intime y a été aménagé récemment).
L’aménagement liturgique vient d’y être profondément renouvelé : baptistère, ambon, chemin de croix…
Messes dominicales et en semaine y sont célébrées.
L’église Notre-Dame du Val à Olivet :
Inaugurée en 1967, elle a été voulue par l’évêque pour servir un quartier en forte expansion démographique. En 2026, la croix derrière l’autel a été changée et le baptistère a été repris : le « vitrail » est une impression sur toile tendue devant une vitre. Eglise habituellement fermée en dehors des deux messes qui y sont célébrées chaque semaine.
La chapelle Saint-François de Saint-Jean-de-Braye (1967) :
L’église Saint-Yves d’Orléans La Source (1974).
5/ Dernières décennies :
A partir des années 70, il n’y a plus de nouvelle église construite dans le Loiret, à l’exception majeure de la chapelle du monastère de Bouzy-la-Forêt, dont l’espace liturgique est théologiquement organisé ; les vitraux, modernes et colorés figurent le récit de la Genèse.
– Monastère de Bouzy-la-forêt (1990).


6/ Le label « architecture contemporaine remarquable »
Au moins 5 édifices ont obtenu le label « architecture contemporaine remarquable :
- Sainte-Thérèse à Vésines, commune de Châlette-sur-Loing
- Notre-Dame des cités à Montargis
- Saint-Jean-Bosco à Orléans
- Sainte-Jeanne-d ’Arc à Orléans
- Saint-Pierre à Saint-Père-sur Loire.
Par ailleurs l’église Sainte-Jeanne-d’Arc de Gien est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques ainsi que les restes du clocher.
CONCLUSION
Les églises de la reconstruction post deuxième guerre mondiale sont représentatives des recherches et des tensions de cette période très active :
– monumentale pour Gien et Montargis (Notre-Dame des cités),
– aggiornamento avec l’enfouissement des édifices pour signifier la présence au monde des hommes – sans « surplomber » (Sainte-Jeanne d’Arc à Orléans, Saint-Dominique à Saint-Jean-de-la-Ruelle),
– avec la nouvelle visibilité donnée plus tard à travers l’adjonction décalée d’un clocher/campanile (Saint-Yves de la Source en 1999, Notre-Dame du Val),
– créativité des artistes avec des nouvelles formes et des nouveaux matériaux (élévation de Sainte-Jeanne d’Arc à Orléans, vitraux en polyester, espace modulable à Saint-Yves avec un bas-côté fermé par une paroi rétractable selon les besoins).
L’Eglise a voulu exprimer par l’architecture une dynamique, en proposant de créer des ensembles avec presbytère, salles paroissiales, patios…
Le label « architecture contemporaine remarquable » permet de souligner l’intérêt artistique de ces édifices récents.
Du point de vue pastoral, on a plusieurs cas de figures :
– Bien que récent, le bâtiment n’est quasiment plus utilisé à des fins cultuelles (Sainte-Thérèse à Chalette, Saint-François à St Jean-de-Braye, St Père-sur-Loire, Boulay-les-Barres)
– L’édifice correspond à l’attente de la communauté du quartier (poids démographique, dynamisme paroissial) : St Jean-Bosco à Orléans, St Dominique à Jean-de-la-Ruelle, Ste Jeanne d’Arc à Gien, Notre-Dame des Miracles, Notre-Dame des Foyers.
– L’édifice a été confié à une communauté proche : Notre-Dame des Blossières (aux coptes de rite égyptien).
D’après les célébrants, il semble que les couples optent de préférence pour une église ancienne pour la célébration de leur mariage.
Eglise ancienne ou nouvelle, l’important reste toujours l’ouverture au moins partielle de l’édifice pour accueillir les priants, les personnes en recherche ou en besoin de consolation, la propreté des lieux, éventuellement la diffusion d’un fond sonore de chants religieux, la tenue d’un cahier avec des intentions de prière. Que chacun fasse comme il peut ! Mais les témoignages ‘du bien fait grâce à cet effort d’ouverture sont là ! Que Dieu nous aide !
Parmi ces églises, voici celles qui sont ouvertes presque tous les jours :
Ste Jeanne d’Arc de Gien,
Ste Jeanne d’Arc d’Orléans,
Notre-Dame des Miracles
La chapelle du monastère de Bouzy-la-Forêt,
St Dominique de St Jean-de-La-Ruelle.
Sources : Architecture et arts sacrés de 1945 à nos jours, Christine Blanchet/Pierre Vérot, Archibook et Sautereau éditeurs, 2015
Les lieux de culte à Orléans de l’antiquité au XX° siècle, Louis Gaillard et Jacques Debal
Architecture contemporaine remarquable en région centre-Val de Loire, volume 1, DRAC Centre Val de Loire, juin 2024


